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dimanche 26 avril 2015

Lettre à Michel Onfray : «notre civilisation ne meurt pas, elle évolue»

Je partage le point de vue de ce prof de médecine. Je pense que notre civilisation s'est toujours "réformée" en étant confrontée à des "cassures". Il n'y a aucune raison de baisser les bras et de s'enfermer dans une logique passéiste.
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/04/03/31003-20150403ARTFIG00340-lettre-a-michel-onfray-notre-civilisation-ne-meurt-pas-elle-evolue.php

Photo Sébastien SORIANO - le Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Guy Vallancien, il faut se pencher sur les nouveaux défis engendrés par l'évolution de notre société plutôt que de «gloser» sur la fin du monde que nous connaissons. Membre de l'académie de médecine, Guy Vallancien est professeur à l'université Paris Descartes.


Dans une page récente du Figaro, vous vous épanchez sur notre civilisation et son déclin assuré. Mon étonnement fut de constater que l'histoire ne l'encombrait pas. Notre civilisation daterait de 1500 ans. Que s'est il donc passé en 515 qui ait bouleversé l'Occident? L'histoire
n'a retenu que la victoire de Thibère, un roi Francs, sur les Danois, l'invasion de l'Arménie et de la Cappadoce par les Huns. Rien de marquant qui témoigne d'un renouveau de la civilisation occidentale, continuum depuis Alexandrie, Athènes, Rome, Bagdad, les Lumière, la sciences et ses techniques.
Vous semblez regretter le bon vieux temps de la machine à vapeur et des tribulations intellectuelles de la même époque. «La vérité cruelle est que notre civilisation s'effondre» dites-vous. Tout prouve le contraire. La civilisation occidentale européenne, celle dont je suis issu et dans laquelle je baigne au quotidien, est la seule qui ait pu valablement améliorer le sort de millions d'individus, dont l'allongement considérable de la durée de vie et l'éclosion de libertés individuelles représentent les signes les plus marquants. L'Europe, en même temps que l'industrie croissait, fut aussi le seul espace dans lequel la protection sociale se développa, alors qu'à l'est, les pays plongés dans la nuit d'un communisme totalitaire qui se fracassa brutalement sur un mur à Berlin, ne rêvent que de nous rejoindre. Pour la fin d'une civilisation en déclin, bel enterrement!
Seriez-vous sorti de la Caverne? Notre civilisation ne meurt pas; elle évolue, se transforme, mute, à une vitesse grandissante. Les nouvelles technologies de l'information, la génomique, les nanotechnologies et les sciences cognitives sont des avancées scientifiques et technologiques qui n'auraient jamais vu le jour sans le développement de l'écosystème capitaliste, datant des premiers entrepreneurs des premiers découvreurs, savants et banquiers de la Renaissance. Opposer notre civilisation occidentale chrétienne au chaos qui déferlerait sur le monde actuel est une erreur. Je me sens fils de Descartes et Pasteur et frère de Sergeï Brin et Larry Page.
Ce sont des nouveaux espaces de liberté qu'offrent les moyens numériques à la puissance exponentielle, qu'il faut analyser. Mais dans ce domaine, je doute que la lecture des pères de la philosophie nous éclaire d'une lumière plus blanche que celle d'une ampoule LED. Nous devons reconnaitre aux philosophes parmi d'autres intellectuels et savants, ce progrès immense dans la genèse de la compréhension du monde, que l'Occident a développé comme nulle autre civilisation le maniement de la raison et du doute, guide de sagesse.
Notre civilisation se transforme dans une dynamique conceptuelle foudroyante grâce à la puissance des ordinateurs et de l'intelligence artificielle, capables d'interventions jusque là inconcevables. Voyez-vous les communautés de patients ou de citoyens qui partagent une multitude d'informations au quotidien comme jamais ils n'auraient pu le faire auparavant? Apport d'expériences multiples et enrichissantes, comprenez-vous qu'entre le global et le local, les intermédiaires sont appelés à disparaître? Que savez-vous de ces robots qui vont nous aider, voire nous dominer à terme, avatars de plus en plus crédibles? Quel regard portez-vous sur la transformation de l'homme qui devient peu à peu mi chair, mi machine et prothèse, cyborg en somme? La science-fiction s'incarne chaque jour plus profondément dans une refondation du monde à laquelle notre civilisation offre la plus grande part de son énergie et de son intelligence, mais pour qui, jusqu'ou et au nom de quels nouveaux principes? Voilà les questions auxquelles nous à répondre et vite, sans perdre notre temps a gloser sur la fin du monde existant.
La seule réponse que vous offrez aux jeunes de vingt ans est proprement terrifiante: «Le bateau coule. Restez élégants. Mourrez debout!». Nous n'avons dans l'histoire, jamais cumulé à ce point les moyens de décider de notre avenir. Ce n'est vraiment pas le moment de baisser les bras en pleurant sur son passé.

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