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dimanche 29 mars 2015

Morts Sur Ordonnance ARTE - 2014

Un reportage d'Olivier Pighetti.
Olivier Pighetti
"Ce film montre comment l'industrie pharmaceutique a verrouillé le marché, avec un cynisme parfois effrayant". 
(http://bbhepar.canalblog.com/archives/2012/01/08/23199332.html)



A travers le monde, la consommation de psychotropes ne cesse d’augmenter. Pourtant, ces médicaments, fort utiles quand bien prescrits, ont également des effets secondaires redoutables. Le point sur la question dans ce documentaire proposé par Marina Carrère d’Encausse dans Le Monde en face.

« Mon frère a pris cinq jours de traitement et il s’est pendu. Je reste persuadée aujourd’hui que, s’il n’y avait pas eu cette molécule chimique, il serait toujours parmi nous. » Marc avait 48 ans et était papa de deux enfants lorsqu’il a mis fin à ses jours en octobre 2013. Sa sœur, Florence, est formelle à son sujet : « Il n’avait jamais manifesté la moindre idée suicidaire, mais en moins d’une semaine le médicament l’a rendu fou. Il ne faut pas qu’il soit mort pour rien. » Des témoignages comme celui de Florence sont légion. Aurélie, jeune étudiante brillante, a, elle, attenté à sa vie et s’est retrouvée en hôpital psychiatrique après qu’un médecin lui a prescrit un cocktail de trois médicaments à la suite d’un surmenage. Elle se souvient de l’effet « foudroyant dès la première prise ; d’avoir ressenti l’envie de se tuer […], de prendre une mitraillette et de tirer sur tout le monde. C’était effrayant de se voir penser tout ça ». Corinne, à son tour, raconte comment Jean, son mari, avant de finir par s’immoler dans sa voiture, « avait les yeux exorbités, injectés de sang, oubliait ce qu’on lui disait […] et n’était plus le même homme ». En France ou ailleurs, les exemples se succèdent et se ressemblent. Pour leur famille, Marc, Aurélie, Jean et les autres sont les victimes d’un traitement censé leur permettre de mieux vivre. Tous étaient sous psychotropes au moment du passage à l’acte. 
Des substances aux effets secondaires sévères
Regroupés en différentes familles, antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques, somnifères ou tranquillisants s’avèrent indispensables pour soigner les dépressions graves ou modérées. Seulement, dans 50 % des cas, les prescriptions ne seraient pas justifiées. Les médecins en donneraient donc trop facilement à des patients qui souffrent d’un mal-être (insomnie, tristesse…). Le problème est que s’ils sauvent incontestablement des vies, les psychotropes ont, chez certains, des effets secondaires sévères. En France, le Pr Philippe Even est l’un des rares spécialistes à tirer la sonnette d’alarme. Il a compulsé des dizaines de documents mettant en garde contre ces substances et explique notamment que « chez un grand nombre de personnes, anxiolytiques et somnifères sont plus addictifs que l’héroïne ; c’est pourquoi le traitement ne devrait jamais dépasser quelques semaines. Pour les antidépresseurs qui n’agissent qu’au bout de deux ou trois semaines, meurtre ou suicide peuvent avoir lieu lors des premiers jours de la prise, à l’augmentation des doses ou à l’arrêt du médicament ». Des propos corroborés par le Dr David Healy, un psychiatre britannique réputé qui estime qu’« au moins une personne sur vingt a ce type de réaction extrême ». De quoi faire froid dans le dos ! Surtout quand on sait que le marché mondial des psychotropes pèse des dizaines de milliards de dollars. Avec des bénéfices qui dépassent ceux de l’industrie pétrolière, les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas prêts de faire l’impasse sur les pilules du bonheur.

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